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COMMERCE DU ‘’ABLO’’ PAR LES FEMMES À COMÈ: QUAND L’ACTIVITÉ DONNE UNE RÉPUTATION À LA VILLE CARREFOUR DU MONO

A Comè, la commercialisation du ‘’ablo’’ représente l’une des principales sources de revenu des ménages. Les femmes en assurent la préparation et la vente pour faire face aux charges familiales. Ce commerce qui fait la renommée de la localité est beaucoup prisé par les ressortissants non seulement du Mono mais aussi des autres villes du Bénin.

C’est dimanche, fête de la Toussaint. L’attention était portée surtout aux défunts dans les cimetières. De Cotonou à Comè, en passant par Ouidah, l’ambiance reste inchangée, mais sans grand bruit au niveau des grandes artères. Des mouvements d’hommes, de femmes et d’enfants, fleurs ou bougies en mains s’observaient sur le trafic routier, à l’arrivée comme au départ. Ce qui ne passe pas inaperçu du côté méridional de Cotonou, plus précisément, à Comè, est le débordement d’énergie et l’endurance des femmes vendeuses de ‘’Ablo’’ (aliment fait à base de maïs ou de riz, selon les préférences) qui rivalisent d’ardeur pour faire écouler leur produit.

Le ‘’ablo’’, toute une industrie

Rond point Comè-Lokossa-Grand-Popo-Ouidah. Impossible pour les passants d’être indifférents à l’attroupement des femmes à ce carrefour. Bassine de ‘’ablo’’ sur la tête, des tas de petits poissons frits (fretins), de crevettes, d’escargots ou encore d’akpèssè (viande d’agouti) en main, avec du piment rouge et oignon ou de la friture, les vendeuses, dames et jeunes filles accourent vers les taxis qui stationnent pour proposer leurs marchandises aux passagers. Pas question pour une vendeuse de rester en retrait quand un véhicule freine, se gare ou stationne. Même dans les échanges entre collègues, les vendeuses sont très attentives au moindre mouvement, au risque de perdre la clientèle.
«Il y a quelques années, le carrefour Comè était encore une brousse. C’est grâce à notre activité qu’il est devenu un point de repère, un grand marché», se souvient Cécile Hounon, vendeuse de poisson frit, qui totalise déjà un quart de siècle dans cette activité. Ici, la détermination des vendeuses crève l’œil. Chacune d’elles y va selon sa méthode et sa logique. Mais elles partagent l’éloquence et l’habileté. Des qualités dont elles rivalisent pour faire écouler leurs marchandises. Dans ce domaine, elles maîtrisent et contrôlent bien leur terrain. Le commerce du ‘’ablo’’ est apparemment un territoire conquis pour elles, peu importent les dangers, elles sont inégalables au Bénin.
Au milieu de ces femmes, un seul coq de la basse-cour : Modeste Kakpo, la vingtaine, élève en classe de Terminale D. Il tire apparemment une satisfaction de ce job auquel il consacre ses jours de repos. Il est animé de la même détermination que ses aînées.
Le commerce du ‘’ablo’’ est une vaste industrie que les femmes gèrent dans la ville carrefour du Mono. Nul doute que cette nourriture regroupe du monde. Acheteurs et vendeurs se bousculent et forment parfois un petit village qui s’anime au rythme de l’évolution du trafic routier. Mais tout se passe quasiment sans répit pour les commerçantes tant que les véhicules sont en mouvement. Il faut pouvoir être aux aguets toute la journée pour espérer le sourire le soir à l’heure du point financier. Ce faisant, les vendeuses doivent se livrer à des navettes interminables à longueur de journée. Tant elles doivent user le fond de leur robe, de leur jupe ou de leur pantalon avant de vendre cet aliment, pour en retour, gagner leur pain. Un peu comme des militants en campagne ou des sportives, elles doivent sérieusement mouiller le maillot avant de pouvoir joindre les deux bouts. La vente du ‘’ablo’’, aux dires de ses actrices, se révèle une activité porteuse. Pour qui sait s’y prendre, le métier nourrit aisément son homme, assurent-elles. A en croire Bertha Tossou, mère de cinq enfants, «c’est uniquement avec les revenus de cette activité qu’elle entretient ses enfants». Son revenu journalier avoisine les 15 000 fcfa.

L’étape de préparation

Aliment très prisé des Béninois, le ‘’ablo’’ dépasse les frontières de Comè pour s’imposer aux populations des autres localités du pays. Ce commerce n’est pas seulement la principale source de revenus des ménages dans la commune. Elle fait également la renommée de la localité au plan culinaire. Les acheteurs viennent de tout le Bénin, principalement de Cotonou, de Ouidah, de Lokossa, de Grand-Popo, et des pays voisins comme le Togo ou le Ghana.
Il peut être servi au petit-déjeuner, au déjeuner comme au dîner. C’est un aliment léger qui ne nécessite pas de grands moyens de conservation. Sa préparation suit un processus. Pour la cuisson, les vendeuses s’approvisionnent de manière constante en maïs ou en riz et les transforment localement.
C’est un travail fastidieux, même si cela relève de la routine pour les habituées. Tout commence par le tri du maïs ou du riz. Après la sélection du bon grain de l’ivraie, on procède au rinçage et au séchage du maïs ou du riz, avant de l’amener au moulin. Il s’ensuit une nouvelle étape de triage de la farine de maïs ramenée du moulin. A cette étape, les gros grains sont mis de côté et les fins passent au tamis. Ils sont ensuite étalés dans un panier et séchés avant d’être écrasés une deuxième fois au moulin. Le séchage dure trois heures d’horloge. Le produit moulu est préparé sous forme de bouillie. Après quoi un mélange est fait avec la solution pâteuse obtenue avec l’amidon de maïs.
«La préparation du ablo n’est pas facile. C’est un travail de longue haleine qui nécessite de la patience. Elle dure en moyenne 24 heures», explique Bertha Tossou, l’une des plus anciennes vendeuses du coin.
Aussi, la préparation de cette nourriture n’exclut-elle pas l’idée selon laquelle, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. «Il faut commencer la cuisson à partir de trois heures du matin pour espérer la finition vers 8heures», explique Caroline Chabi qui compte déjà vingt-trois ans de pratique dans ce métier. Elle se réjouit que l’activité vaille la peine d’être menée. Avec ce commerce, sourit-elle, les dépenses familiales sont réduites pour les hommes».
C’est dire donc qu’autant la commercialisation du ‘’ablo’’ est fastidieuse, autant sa préparation est difficile. Et même si l’unité est cédée à 25F, les commerçantes n’entendent pas abandonner leur gagne-pain, tant ce commerce est bénéfique et leur permet de subvenir convenablement aux charges financières de leurs familles. Pour écouler le stock préparé, il suffit d’avoir des talents de bon commerçant, d’être habile et d’avoir l’art de convaincre le client.
Mais avant de disposer de ces qualités, la vente du ‘’ablo’’ exige une véritable course contre la montre. Les vendeuses doivent passer toute leur journée dans cette ambiance, empreinte parfois de convivialité, mais souvent de taquineries et de rivalités de la part de leurs concurrentes. L’ambiance est détendue par de petites blagues. On se chamaille autour de l’activité quand la moindre voiture se gare. Les premières commerçantes qui présentent du ‘’ablo’’ aux passants n’en repartent pas toujours gaies, car elles peuvent être les dernières chez qui les passagers achètent, mais cela se passe sans découragement.

Source: Quotidien La Nation

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