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France-Bénin : À qui doivent revenir les trésors du roi Béhanzin ?

Depuis plus d’un siècle, les trésors du dernier roi d’Abomey sont exposés dans nos musées, au Trocadéro puis au Quai Branly. En juillet dernier, le Bénin a demandé officiellement à la France la restitution de son patrimoine. Une première pour une ancienne colonie française.

La lettre du gouvernement béninois est partie fin juillet pour l’Elysée. Objet : une demande officielle à la France de restitution « des trésors royaux d’Abomey emportés lors de la conquête en 1892 ». L’ancienne colonie d’Afrique de l’Ouest, indépendante depuis 1960, est ainsi la première à demander le retour de biens culturels acquis du temps de la colonisation. Après avoir été exposés durant plus d’un siècle au Musée de l’Homme, au Trocadéro, certains comptent désormais parmi les incontournables du musée du Quai Branly (et du Pavillon des Sessions au Louvre). Par exemple, ces deux grandes statues qui surplombent la zone Afrique : l’une représente un être mi-lion mi-homme, l’autre, un homme-poisson aux nageoires caudales imposantes  — il s’agit d’un « requin en furie qui trouble la barre », selon la tradition orale. Le premier représente Glélé (mort en 1889), avant-dernier roi d’Abomey, le second son fils Béhanzin (1845-1906), onzième et dernier souverain du royaume du Dahomey, devenu le Bénin. Ces deux grandes statues anthropo-zoomorphes trônaient en majesté dans le palais royal d’Abomey, la capitale du royaume, et incarnaient la puissance politique et spirituelle de la monarchie, l’une des plus craintes et des plus respectées de l’Afrique de l’Ouest.

En 1894, après quatre ans de guerre contre l’armée française, le puissant souverain Béhanzin signe sa reddition. Il est envoyé en exil en Martinique où il meurt sans revoir son pays. Durant la guerre, en 1892, son palais d’Abomey fut incendié par ses troupes se repliant. Tout était dévasté. Les objets sacrés furent récupérés et emportés par l’armée française à titre de butin. Statues, armes, portes sculptées, bas-reliefs, trônes, sceptres (nommés « récades ») : les attributs du pouvoir quittaient le pays. L’art de la cour disparaissait avec la monarchie.

Avril 2016, à la suite de l’élection présidentielle, mettant au pouvoir l’homme d’affaires et politicien Patrice Talon, le gouvernement du Bénin est renouvelé. Est-ce une volonté de marquer le changement ? Un coup médiatique ? Deux mois plus tard, à l’issue d’un conseil ministériel, la bombe est lancée. Aurélien Agbenonci, ministre des Affaires étrangères, et Ange N’Koué, ministre du Tourisme et de la Culture, annoncent « engager des négociations avec les autorités françaises et l’Unesco pour le retour au Bénin de ces biens culturels ».

Pour Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), l’événement est historique. « Au départ, le Bénin n’osait pas faire la démarche par peur de représailles économiques ou politiques, explique-t-il. Mais les choses ont évolué, et le gouvernement a bien compris qu’il s’agissait d’un enjeu autant patrimonial que religieux et touristique. » Le Cran a pour vocation de conseiller sur les questions de réparation des crimes liés à l’esclavage et à la colonisation. C’est lui qui a initié la réflexion en 2013 et accompagne le Bénin dans sa démarche. « Nous avons mené une class action diplomatique auprès de nombreux gouvernements africains et auprès du Forum des rois traditionnels, nous espérons lancer le mouvement et poursuivre avec d’autres pays », poursuit le président du Cran. Outre les objets royaux sus-nommés, le Bénin a estimé que la France conservait environ 5 000 pièces, au musée du Quai Branly et dans les collections privées. A ce jour, aucun inventaire n’a été entrepris. D’autres pays d’Europe pourraient être concernés.

Dos du siège de Cana, femmes sur le registre supérieur, prisonniers sur le registre inférieur. Style nago-yoruba, Bénin. Bois, pigments, 94 x 72 cm, 71.1893.45.8, don Dodds.

Ouvrir la boîte de Pandore

Que dit la France ? Depuis juillet, le gouvernement ne s’est pas manifesté. Silence radio. Idem au musée du Quai Branly, où l’on se pliera de toutes façons aux consignes de la tutelle, le ministère de la Culture. Le dossier est actuellement à l’étude dans les ministères, aux Affaires étrangères et Rue de Valois. Faut-il rendre ou non ? Le débat sur la restitution des œuvres est complexe, mêlant des questions d’éthique, de législation, d’histoire et de conservation. Jusqu’à présent, les seules pièces rendues aux pays qui en avaient fait la demande furent la Vénus hottentote, retournée en Afrique du Sud, les têtes maories, restituées à la Nouvelle-Zélande, et le crâne du guerrier kanak Ataï, rendu à sa tribu en Nouvelle-Calédonie. Trois cas particuliers concernant des restes humains, pour lesquels avait été votée une loi spécifique. Dans les textes législatifs, lorqu’une pièce de musée est inscrite dans les inventaires des collections publiques, elle devient inaliénable. Le seul moyen de l’en sortir est le déclassement, une procédure rarissime et compliquée. Du côté du droit international, la convention de 1970 de l’Unesco sur le pillage des œuvres d’art ne peut pas être mise en œuvre dans ce cas : elle n’est pas rétroactive et ne s’applique donc pas avant 1970. En France comme en Europe, les positions restent crispées sur les restitutions. La question est taboue et équivaut à ouvrir la boîte de Pandore.

Le British Museum s’est, par exemple, toujours refusé à restituer les frises du Parthénon à la Grèce. En Amérique du Nord, au contraire, les lois protègent scrupuleusement les Native (Indiens) et obligent à restituer. Les ethnologues évoquent avec frémissement le cas d’une pièce de musée rendue à une communauté indienne, qui fut aussitôt mise en terre. Au Bénin, plus d’un siècle après la chute de la monarchie aboméenne, Béhanzin est plus que jamais populaire, comme symbole du héros résistant au colonisateur. Le dernier roi d’Abomey a ses timbres, ses posters, ses statues sur les places publiques. En 2006, pour le centenaire de sa mort, le jeune musée du Quai Branly prêtait une cinquantaine de pièces les plus symboliques du royaume d’Abomey à la Fondation Zinsou, à Cotonou. Notamment un trône royal et les deux grandes statues du roi-lion et de son fils-requin. 275 000 visiteurs vinrent découvrir leur patrimoine.

www.telerama.fr

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