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Marius Dansou: Cet artiste plasticien béninois qui sculpte des coiffes en fer à béton

Marius Dansou est un plasticien béninois qui vit et travaille à Cotonou. Il expose actuellement ses œuvres, des têtes aux coiffes exubérantes réalisées dans du fer à béton, à l’Institut Français jusqu’au 10 juin. Nous avons rencontré ce jeune artiste, heureux d’avoir trouvé sa voie, et engagé pour que ses contemporains trouvent la place qu’ils méritent dans leur domaine artistique au Bénin.

Lepetitjournal.com/cotonou : Bonjour Marius, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu nous dire qui tu es, d’où tu viens et qu’est-ce qui a influencé ton travail d’artiste ?

Marius Dansou: Bonjour, je m’appelle Marius Dansou, je suis plasticien, béninois, vivant à Cotonou. Je suis plus précisément Adja et originaire du Mono. D’où vient ma passion de l’art ? Je ne dirais pas je suis artiste depuis que je suis né, mais il est vrai que depuis tout petit j’ai aimé bidouiller les objets. J’aimais tout ce qui était compliqué et qui peut mener à une réflexion.

Un jour Dominique Zinkpé, qui était déjà un artiste confirmé, est venu chez mon père, car ils étaient amis, et il m’a trouvé dans un coin de la maison. Il faut dire au préalable, que quand j’étais gamin, je récupérais des planches de bois après l’école. Je ne dirais pas que j’étais artiste à l’époque car je ne savais même pas ce que c’était « être artiste », mais dans ces planches de bois, je dessinais des personnages que je voyais dans mon environnement. Je piquais les tournevis et un marteau à mon père et je reproduisais, en relief, les dessins que j’avais faits dans ces planches de bois.

Zinkpé est donc arrivé dans la maison de mon père, il m’a vu en train de bidouiller et m’a demandé ce que je faisais là. Moi j’avais très peur de mon père, car il m’avait déjà grondé alors qu’il ne trouvait pas son marteau ou ses tournevis. J’ai alors caché mes dessins et Zinkpé m’a dit de ne pas le faire, que c’était intéressant ce que je faisais. Il m’a alors invité à venir après l’école pour voir les artistes qui travaillaient et exposaient à l’époque place de l’Etoile Rouge à Cotonou.

J’étais donc invité par Zinkpé en tant que coursier et assistant pour les artistes, qui me commandaient toute sorte de choses, et c’est là que j’ai appris le nom des différents matériaux en peinture.

Un jour j’avais récupéré des chutes de toiles que les artistes utilisaient et j’ai commencé à gribouiller dessus, à peindre. A l’époque le thème de l’exposition était la pollution. J’ai donc peint sur les chutes de tissus des artistes et ai laissé mes « toiles » sécher au soleil. C’est là qu’un monsieur s’est arrêté et a demandé qui avait fait ça. On m’a appelé en disant que c’était moi le petit qui avait dessiné ça. Le monsieur a demandé si c’était moi l’artiste et là j’ai été très étonné qu’on m’appelle ainsi. Le monsieur m’a alors demandé combien coutait ma toile. J’étais paniqué et ne savais pas quoi répondre. Un artiste à côté de moi m’a soufflé de lui demander 40,000 FCFA et le monsieur a accepté.

Ce jour là j’ai été bouleversé. Je me suis dit que je l’envie que j’avais en moi de créer, je pouvais en faire quelque chose, et qu’on était même prêt à me payer pour ça. Je me suis dit alors qu’il était possible de vivre de ce que l’on a envie de faire. Et c’est de là que tout est parti.

Aujourd’hui, je ne me considère pas comme un peintre. Je travaille plutôt la matière. J’ai été influencé par les origines de ma mère, qui vient d’un village lacustre, et je suis donc tombé comme ça sur le bois, le bois de pirogue. Je voyais des formes dans ce bois qui se traçaient toutes seules. Surtout des visages. Pour faire les yeux et la bouche je récupérais des objets de voitures, un peu de tout. J’ai donc eu l’époque du bois, des chutes de bois de pirogue, ensuite j’ai mélangé la matière avec le métal, et enfin j’ai eu l’époque uniquement du métal. Aujourd’hui je parle des coiffures sur du métal.

Quel est ce métal que tu utilises dans tes œuvres ?

IMG-20160604-WA0030C’est du fer à béton, ça sert aux constructions. A la base j’ai travaillé du fer lisse, puis étant à la recherche permanente de différentes textures qui inspireraient mon travail, je suis tombé sur ce fer à béton dans lequel je vois tout de suite des cheveux. En fait c’est un peu comme si j’avais parlé à la matière et que la matière m’avait répondu.

Et pourquoi spécifiquement les cheveux et la coiffure ?

J’ai été d’une part influencé par un grand photographe nigérian, qui est décédé il y a deux ans, Ojeikere, qui photographiait des coiffures.

D’autre part, je suis tombé un jour sur un album photo de famille. J’y ai vu ma mère, jeune fille, qui était très belle et c’était l’époque où il fallait délirer avec les cheveux. Elle portait donc de très belles coiffures et c’est ça qui m’a inspiré.

Voilà, c’est en se posant tout le temps des questions, en étant dans la recherche que j’ai fini par trouver ma voie, mon modèle d’inspiration.

Ce que j’aime dans la coiffure, par exemple dans la coiffure africaine, c’est que c’est très codé. Chaque tresse a sa signification : par exemple « attend-moi au carrefour », ou « je suis mariée », ou « je suis une veuve ». Par exemple si tu vois une fille avec les cheveux debout sur la tête, c’est qu’elle doit être libre…

Il y a eu une époque où je parlais beaucoup de tresses africaines, aujourd’hui, je parle plus de cheveux. Toute cette liberté de jouer avec ses cheveux, je la mets dans mes sculptures.

Est-ce que chaque sculpture présente à l’exposition de l’Institut français a une signification ?

Oui, mais en fait, je ne donne pas toujours des titres à mes œuvres. J’aime que les personnes se retrouvent d’elles-mêmes dans la forme et imaginent des titres.

Tu exposes donc aujourd’hui au Bénin. Est-ce que tu exposes également à l’étranger ? Es-tu reconnu dans le domaine de l’art à l’étranger ?

J’essaie de faire mon petit parcours, ici au Bénin, comme ailleurs. Ça fait par exemple deux ans qu’avec d’autres artistes, nous participons aux ateliers d’artistes à Belleville à Paris. Nous sommes également chaque année à la galerie Vallois dans le 16ème pour le « parcours des mondes ». En dehors de cela j’ai fait aussi d’autres expositions en Belgique, à Londres pour le moment. En Afrique, j’ai fait le Togo, le Nigéria, la Côte D’ivoire, mais il me reste encore beaucoup de pays à conquérir.

Est-ce que tu te sens artiste béninois aujourd’hui ?

Je dirais plus simplement artiste. L’art est universel. On me demande souvent par exemple pourquoi les figures des mes œuvres n’ont pas les traits africains. En réalité, elles n’ont les traits de personne, ou les traits de tout les monde. Je peux être artiste africain et m’inspirer de l’art  brésilien ou asiatique. Pourquoi vouloir forcément donner une identité à l’art ? Souvent, ce qui me dérange, c’est quand on vient voir mes œuvres et qu’on s’attend à voir de l’art primitif, parce que c’est ce qui se fait en général en Afrique et au Bénin.

Es-tu un moteur pour les jeunes artistes d’aujourd’hui, comme ont pu l’être certains « anciens » pour toi ?

En fait je suis quelqu’un d’assez révolutionnaire, même beaucoup. On a un collectif d’artistes au sein duquel on a remarqué que nos ainés avaient fait un combat pour l’art au Bénin, c’est bien, mais ça n’a pas été assez. L’art n’est pas encore assez populaire. Quand tu dis aujourd’hui que tu es artiste, on pense que tu es chanteur ou autre, quand tu dis que tu es plasticien, personne ne sait ce que c’est.

Avec ce collectif, on fait donc des ateliers pour les enfants pour les initier à l’art plastique en général. On en a fait dans les centres pour les plus démunis, dans les orphelinats. On est aujourd’hui sur un projet qui s’appelle « l’art dans les villages » ce sont des artistes qui se réunissent pour cibler des villages où ils vont réaliser des ateliers. Quand on présente par exemple la peinture à un enfant, c’est pour qu’il découvre et sache quelle est la différence entre la peinture en tant qu’art et la peinture sur un mur.

Pour en revenir aux anciens, à la génération qui nous a précédée. Pendant très longtemps, il n’y a eu qu’eux. A un moment donné, on s’est dit qu’il fallait qu’on existe aussi. Alors on a envahi la place et on était un peu partout pour exposer nos œuvres. Le travail était aussi bien présent. On faisait pleins de choses pour convaincre les ainés de marcher avec nous et qu’ils comprennent que la roue tourne et qu’il faut aussi laisser la place… Mais on s’entend quand même bien… Dans deux semaines par exemple on part ensemble pour une exposition en France.

Très bien, un grand merci Marius pour cet échange.

Vous pouvez encore voir l’exposition de Marius « DES VISAGES, DES LIGNES, DES COIFFES … » à l’espace Kpobly de l’Institut Français de Cotonou jusqu’au 10 juin prochain.

Le 16 juin, aura lieu une exposition « Cotonou-Lomé » à Maison Rouge, vernissage à ne pas manquer !

Par: Florence Bourreau

Source : Le Petit Journal

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